Déconfinement et acédie

Pour compléter la série sur les péchés capitaux, nous reproduisons ici l’article de monsieur l’abbé Morille, de l’école Sainte-Jeanne-d’Arc (24), sous le titre ” Déconfinement et acédie, ou quand la coupe est pleine ça déborde, ou la boucle est bouclée.”


Nous avions abordé les 7 péchés capitaux à l’occasion du confinement. En effet, l’homme déchu prend prétexte de tout pour satisfaire ses travers.

De tout : du début du confinement comme de sa fin. C’est pourquoi les articles précédents doivent être complétés par un huitième péché, que certains – à juste titre, car cela vient des plus anciens : les Pères du désert – considèrent comme le premier : l’acédie.

Nous avons voulu aborder la classification « moderne » qui remplace l’acédie par la paresse car l’étude spécifique de ce défaut nous paraît intéressante surtout pour les enfants, mais nous ne pouvions pas faire l’impasse sur l’acédie tellement elle est répandue aujourd’hui.

1. Ça ne part pas d’un bon sentiment

Autant les autres péchés trouvent un bon motif de parasiter notre organisme spirituel, autant rien ne peut justifier l’acédie, si ce n’est la tiédeur de notre charité. Certes, on trouvera prétexte à la pratiquer, mais ce prétexte lui-même est difficilement avouable : le manque de charité.

Le déconfinement arrivant, l’heure est au repos, non pas physique ou intellectuel, mais moral : j’ai assez aimé, se dit-on. J’ai assez “tenu”, l’heure est au relâchement !

Le résultat : tous les vices relèvent la tête, et particulièrement celui-ci qui tel un cheval de Troie en est la cause et la conséquence : l’acédie.

2. De quoi parle-t-on ?

« L’acédie, dit saint Thomas d’Aquin selon S. Jean Damascène, est ” une tristesse accablante ” qui produit dans l’esprit de l’homme une dépression telle qu’il n’a plus envie de rien faire, à la manière de ces choses qui, étant acides, sont, de surcroît, froides (et inertes). Et c’est pourquoi l’acédie implique un certain dégoût de l’action. »

Nous donnons une définition de l’acédie en deux parties :

– tristesse des choses de Dieu
– dégoût de l’action

Il s’agit de bien comprendre la définition : l’acédie est une tristesse des choses de Dieu : ce qui est mauvais ici n’est pas la tristesse mais son objet : c’est Dieu qui attriste. Sans aller jusqu’à la faute mortelle, on peut “pratiquer” l’acédie en retardant nos devoirs religieux, ou les réduisant.

L’acédie dégoûte de l’action : non pas de l’activité ou activisme, mais du devoir d’état (“operandi” en latin) autrement dit tout ce qui nous rapproche de notre fin : Dieu lui-même.

Évagre le Pontique donne cinq révélateurs de l’acédie : 

  1. L’instabilité : celle du corps (envie de bouger) qui manifeste celle de l’âme (incapacité de garder une régularité). 
  2. Le souci exagéré de soi-même, de son confort 
  3. Le dégout de son devoir d’état trop monotone et régulier
  4. Le minimalisme : tout est de trop : trop de prières, trop d’efforts. On en fait moins
  5. Le désespoir ou mélancolie, voire chez certains la tendance dépressive

Comme tout défaut, l’acédie se base sur notre tempérament ou notre caractère. Mais ce vice a une facilité pour s’adapter à notre caractère et en empirer les travers : c’est une espèce de virus mutant.

3. La cause ?

Elle est résumée en une formule déjà annoncée : le manque de charité. Enlevez la charité, et tout devient plat, morne.

La cause et la conséquence de ce péché sont les autres péchés capitaux.

– L’orgueil dit à l’acédiaque que Dieu est de trop : lui seul compte.

– L’envie lui montre la joie et le bien des autres qui le dégoutent de son devoir.

– L’avarice lui fait garder ses faux biens qui le dévore. Avarice à l’égard de Dieu surtout.

– La colère le conduit à la haine de Dieu et la haine de son devoir qui l’empêche de faire ce qu’il veut.

– La luxure lui fait chercher les faux plaisirs qui consoleront son petit bien-être mis à mal.

– La paresse le pousse à tout faire sauf ce qu’il doit.

4. Les conséquences

Saint Grégoire en donne six : la malice, la rancune, la pusillanimité, le désespoir, la torpeur vis-à-vis des commandements, le vagabondage de l’esprit autour des choses défendues.

5. Le remède

Abordons tout d’abord les faux remèdes : l’acédie est une tristesse accompagnée de dégoût de notre devoir : d’où le remède que l’on recherche : un plaisir qui n’est pas légitime et dans lequel on croit trouver consolation et douceur ce qui est vrai pendant un certain laps de temps. Mais bien vite le vice engendre une spirale descendant vers les enfers : du vice à la tristesse, de la tristesse au vice. Le remède n’est pas à chercher dans les conséquences de l’acédie.

Alors il nous faut employer les bons remèdes :

Évagre le Pontique en donne cinq :

– Pleurer vrai : c’est-à-dire pleurer nos défauts et reconnaître la nécessité de la grâce

– L’hygiène de vie : autrement dit : la règle, ou l’emploi du temps avec au centre Dieu

– La méthode antirrhêtique : sous ce nom — non pas barbare mais ancien— se cache une idée très simple : opposer à l’acédie la prière de Jésus-Christ. Ce que font les religieux avec les offices qui ponctuent la journée, ce que tout le monde peut faire avec un chapelet ou des oraisons jaculatoires (prières très courtes du genre « Jésus, je vous aime » ou « Je suis tout à vous ô Marie »)

– La pensée de la mort, non pas dans un esprit morbide, mais dans l’idée de remettre les priorités à l’endroit : « Les souffrances du temps présent sont sans commune mesure avec le poids de gloire qui nous attend » (Rm 8, 18)

– Le plus important : tenir. L’acédie cherche à nous distraire. Nous retrouvons ici les états de désolation énoncés dans les règles de saint Ignace, pendant lesquels il ne faut rien changer : « Si tu as faim, mange ; si tu as soif, bois ; si tu as envie de dormir, dors ; mais surtout ne quitte pas ta cellule [ton devoir], car si tu y restes, petit à petit, un état de joie profond va venir habiter ton âme après le combat » dit Évagre.

• Le moyen court, en plus de la règle, c’est le sourire coûte que coûte : « vive la joie quand-même » disait le Père Vallet. Il faut savoir chasser la tristesse à coup de sourire. Il faut de plus savoir sourire de soi-même, voire se moquer de soi : « quel ridicule tu fais avec tes mesquineries ! »

• La vertu à développer, c’est la charité. C’est elle qui rend le devoir d’état, si banal soit-il, aimable et même aimé.

• Quelques résolutions

– reprendre son emploi du temps, sa règle de vie.

– attaquer le défaut contre lequel on ne veut pas lutter : c’est justement lui qui héberge l’acédie

– vouloir attaquer ses défauts

– Vivre l’instant présent : l’herbe est toujours plus verte dans le pré d’à-côté : avant c’était mieux, ailleurs c’est mieux.

– Pratiquer l’humilité

– Prier, et pas seulement quand on en sent le besoin, et pas seulement pour demander.

– ne pas trop dormir (fuite du devoir quotidien) : aussi nocif que ne pas assez dormir

– ne pas reporter, mais agir à temps

– se faire aider par un père spirituel

– méditer la Croix

• S’il existe un huitième défaut il existe aussi une huitième béatitude :

Bienheureux serez-vous lorsqu’on vous maudira, et qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de Moi.

Réjouissez-vous alors, et tressaillez de joie, parce que votre récompense sera grande dans les Cieux.

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