Une rencontre providentielle

« La religion pure et sans tache devant notre Dieu et Père, n’est pas autre qu’avoir soin des orphelins et des veuves dans leur détresse, et se préserver pur des souillures de ce monde. »
Ainsi s’exprimait saint Jacques dans sa première épître, que nous avons lue ce cinquième dimanche après Pâques. Comme un écho, le Père Sevin nous appelle à vivre une nouvelle chevalerie, tant par le scoutisme que par l’ordre religieux qu’il a créé.


Cette chevalerie (1), elle est bien caractérisée par cette force mise au service de la faiblesse (2). Mais il ne s’agit pas ici d’aller pourfendre l’infidèle ou le mécréant qui dévaliserait la pauvre veuve en guenilles. La faiblesse d’aujourd’hui, elle est morale, spirituelle, sociale, familiale… et c’est bien à ce service là que nous voulons nous consacrer.

« Nous ne sommes pas du monde » écrit aussi le Père. Et pourtant, nous sommes d’un lieu et d’une époque, et il ne s’agit pas de se séparer de tout, de vivre comme des Mormons, et de perdre tout rayonnement apostolique.

Voilà bien deux lignes directrices qui nous animaient depuis longtemps (3). Nous cherchions aussi depuis plusieurs mois des locaux pour accueillir un futur collège où nous appliquerions les méthodes scolaires du Père.

Il y a quelques mois, la perle que nous cherchions s’est présentée à nous.

Dans un vallon du Périgord… une ancienne maison religieuse…

En 1850, Jean-Julien de Cosson donne une maison sur la commune de Bourrou aux Sœurs de la Charité pour y créer une « maison de miséricorde ou de charité pour le soulagement des pauvres et malades ». Les sœurs y sont présentes jusqu’en 1929.

Il faut ensuite attendre 1958 pour voir la maison transformée en orphelinat par des religieuses bénédictines jusque dans les années 1980. Elles la font évoluer ensuite en pension pour personnes âgées. De 2013 à 2020, le bâtiment est délaissé, cherchant un repreneur qui perpétue l’esprit de la maison…

De notre côté, nous voulions, à l’exemple du Père Sevin, à créer une école qui serait d’abord pour les enfants une maison. Une école qui ne soit pas administrée par des « surveillants », qui ne consiste pas uniquement à ingurgiter des théorèmes et des règles de grammaire, mais une école qui soit d’abord le foyer où, dans une atmosphère familiale, les enfants puissent grandir et se forger une personnalité, une maison où les éducateurs seraient le prolongement de l’autorité bienveillante des parents, une maison où règnerait la vie simple et joyeuse que l’on rencontre dans un camp scout…

Le projet a mûri. Plusieurs occasions se sont présentées, sans aboutir. Et puis comme plusieurs d’entre nous étions d’origine périgourdine, comme nous avions rencontré un Père qui nous avait vanté les mérites d’une maison non loin de Périgueux… nous avons visité le Foyer Notre-Dame des Pauvres.

Le premier contact ne fut pas engageant. Après-midi d’hiver, triste et pluvieuse… le Foyer paraissait un gisant abandonné. Mais voilà que la présidente de l’association propriétaire, elle-même ancienne du Foyer, déroule une visite où, pièce après pièce, elle nous raconte l’histoire de ce lieu et petit à petit, nous croyons percevoir l’âme de ce que fut le Foyer, nous apprenons à aimer cette maison. Nous découvrons la chambre de telle et telle sœur, la pouponnière, et ce petit espace au-dessous de la chapelle, où il fallait parfois se cacher… nous découvrons aussi les douleurs et le déclin de la maison. Mais s’il y a eu les intérêts personnels, l’argent et les querelles, nous retenons surtout qu’il y a eu l’accueil des plus humbles, qu’il y a eu ces religieuses qui se donnaient sans compter, et qui offraient la Maman du Ciel à ceux qui, aux yeux du monde, étaient bien les plus petits. Il y a eu ici la joie et la simplicité d’une grande famille où chacun s’entraide pour le bien de tous. Il y a eu dans ces murs bien des douleurs et bien des soucis, mais il y a eu, surtout, tant de rires d’enfants…

Alors nous nous sommes pris à rêver… et avec le Père Sevin, nous aimons répéter qu’« il n’y a que les rêveurs après tout qui réalisent, et qui ne rêve jamais ne réalise jamais rien ». Alors… pourquoi ne pas réaliser ? Pourquoi ne pas installer ici notre école ?

Ce nom inscrit sur la façade : « Notre- Dame des Pauvres », nous l’avons aimé au premier regard. Il sonne comme un défi au monde consumériste et égoïste : ici, une Maman ouvre son manteau pour accueillir tous ses enfants.

Sans tarder, ce fut le travail acharné pour préciser le projet qui mûrissait depuis longtemps. Nous l’avons développé, adapté. Il y avait trop de similitudes entre nos entreprises et l’histoire de ce lieu pour que nous cherchions à le réaliser ailleurs ou autrement.


Alors, résolument, nous voulons refaire du Foyer de Bourrou ce qu’il était : une œuvre d’éducation catholique familiale, enracinée dans le monde rural.

Déjà, nous sommes devenus propriétaires. Nous entamons les travaux, la recherche de fonds. Dans ces pages, au fil des semaines, nous vous raconterons nos projets, notre ambition, comment ce lieu sera bien plus qu’une école… Nous vous raconterons aussi comment vous pouvez, vous aussi, participer à cette formidable aventure.


1 – Le Père Sevin donne quatre caractéristiques à la chevalerie : l’honneur, la force au service de la faiblesse, l’inaptitude aux reculades et le luxe d’en faire en tout plus qu’il n’en faut..
2 – Elle est bien l’un des sens symbolisé par le salut scout : le pouce qui recouvre l’auriculaire : le fort protège le faible. Formule convenue, que l’on dit trop sans y penser.
3 – A ce sujet, vous pouvez relire C’est le moment de sortir du sommeil, Le pari bénédictin et Du pari bénédictin à l’ordre scout.

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