“Seigneur, apprenez-nous à prier…”

C’est la requête que fit un disciple à Notre-Seigneur… Remarquons d’abord qu’il fit cette demande parce qu’il a vu Jésus prier l’instant qui précédait. L’exemple enseigne avant la leçon. Et le Christ de répondre par la belle prière du Pater. Prière dont nous pouvons peser chacune des paroles, si lourdes de sens… et enseignées par Dieu lui-même ! Prière récitée en plein cœur de la Messe, prière plusieurs fois répétée durant les offices et particulièrement à Complies. Attardons-nous surtout sur les deux premiers mots.


« Notre Père ! » Avons-nous déjà sondé toute la profondeur de cette expression, tout ce que ces deux mots impliquent dans notre relation au Dieu Tout-Puissant, de ce qu’ils imposent comme modèle à tous ceux qui exercent une paternité du sang ? Père… il y a tellement de manière de prononcer ces quelques lettres… N’hésitons pas à nous arrêter à cette apostrophe dans notre oraison. Parlons en toute simplicité à ce Père Céleste. Selon les périodes de notre vie, selon nos besoins spirituels, selon nos consolations ou nos désolations, ce doux nom de Père sera prononcé avec tant de variantes dans nos colloques intimes…

Toute la vertu de religion est là, dans ce commerce familier avec le Père, dans cette filiale intimité.

Jésus lui-même, au cours de ses prédications, avant de faire ses miracles, lorsqu’Il intercède pour ses disciples, ou qu’Il pardonne à ses bourreaux, dans les luttes de son agonie, au moment où Il va expirer, bref, chaque fois qu’Il s’adresse à Dieu, Il Lui dit invariablement, comme première parole : Père.

« Père, je Vous rends hommage d’avoir réservé cette connaissance aux humbles et aux petits ». « Père, c’est bien, puisque c’est votre bon plaisir. » « Père, je sais que Vous m’exaucez toujours. » « Père, sauvez-moi de cette heure. Père, glorifiez votre nom. » « Père, l’heure est venue, glorifiez votre Fils. » « Père saint, gardez-les en votre nom… Père, ceux que Vous m’avez donné, je veux qu’ils soient où je suis, et qu’ils soient auprès de moi. » « Père juste, le monde ne vous a pas connu. » « Père, si c’est possible, que ce calice s’éloigne de moi… Père, si ce n’est pas possible, que votre volonté se fasse. » « Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » « Père, entre vos mains, je remets mon esprit. » Avec quelle éloquence le divin modèle nous persuade de prier dans un esprit filial ! Il nous entraîne par son exemple même : prier ainsi, c’est prier comme Lui-même priait.

Et cette « maison du Père » qu’évoque le père Sevin, qu’est-elle dans notre quotidien ? Savons-nous anticiper cette Jérusalem céleste, ce camp de repos et de joie ? Savons-nous inviter le Père sous notre tente ? Savons-nous faire en sorte que notre maison soit aussi la maison du Père, un rappel perpétuel de sa présence, afin que nous vivions à ses côtés ? La croix de notre salon, les quelques statues ne sont-elles qu’ornements ou signes visibles de la présence de la Cour céleste dans notre foyer ? Notre âme est-elle sa demeure, toujours ouverte ? Le visitons-nous dans son Temple ?

Si vraiment nous l’invitons à vivre dans notre maison, alors, sous le toit de son père, un fils bien-aimé et aimant travaille, se dévoue, reconnaît dans son père le meilleur conseiller, son plus fidèle protecteur. Les élans de son affection autant que ses doutes, ses difficultés, ses nécessités, le portent vers son père pour lui confier les sentiments qui l’animent, pour lui faire hommage de son travail et des ses peines, pour lui exposer sa détresse, ses perplexités, ses désirs, ses projets ; pour obtenir lumière et assistance, et pour mettre à couvert sous des bénédictions paternelles sa personne et son activité. Tel est l’esprit filial dans lequel nous devons prier.

Et finalement… voir en Dieu notre Père, c’est par conséquent être frères du Fils. Frères du Christ incarné, cet aîné, ce grand frère. Et être un bon fils, n’est- ce pas mieux lui ressembler ? N’est-ce pas suivre l’exemple de cet enfant chéri de la Sainte Famille, tout occupé « aux affaires de son Père » ? Ne s’est-il pas lui-même comporté comme un grand frère avec ses apôtres ? Et n’y a-t-il pas là toute la puissance, toute la profondeur de notre spiritualité scoute, bien au-delà d’une remarquable astuce pédagogique ?


Quelques passages de cet article sont inspirés de Miles Christi Iesu (Sommaire des Constitutions jésuites médité).

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